THE LAST DANCE OF BARBARA NELEN

BARBARA NELEN
13 mai 2024
THE LAST DANCE OF BARBARA NELEN

Hockey Player MAGAZINE

Un article du Hockey Player magazine n°80

 

« Après l’échec des JO de Tokyo, je me suis quand même demandé ce que je foutais encore ici. »

 

« Barbara Nelen, c’est le record du nombre de sélections en équipe nationale avec plus de 310 caps, mais également 7 titres de championne de Belgique, 3 sticks d’or, et 19 saisons au plus haut niveau. Déjà présente à Londres, en 2012, la milieu de terrain de la Gantoise participera cet été aux Jeux Olympiques de Paris, avant de prendre sa retraite internationale. »

 

Par Boris Rodesch

 

Nous retrouvons la capitaine des Red Panthers à la Gantoise.

 

À quel âge as-tu commencé à jouer au hockey ? 

À 4 ans. Ma maman jouait en Dames 1 à la Gantoise. Pour l’anecdote, elle avait déjà Pascal Kina comme coach. De mon côté, j’ai suivi mes deux grands frères qui jouaient également ici.

 

Et très vite tu évolues dans le milieu de terrain ?

J’ai toujours été milieu. Apparemment, dans les équipes d’âges, j’avais déjà une bonne vision du jeu et une technique intéressante.

 

Quel a été ton parcours en club ?

J’ai joué chez les jeunes à la Gantoise. À 14 ans, j’ai rejoint les Dames 1 et nous avons directement été sacrées championnes de Belgique. Je ne comprenais rien, je fêtais le titre et le lendemain j’étais à l’école… Je suis encore restée 5 ans à la Gantoise, avec un deuxième titre à la clé, puis je suis partie jouer 2 ans au Dragons, 1 an en Hollande, à Oranje Zwart, et 4 ans au Braxgata, pour finalement revenir, ici, dans mon club de cœur, il y a presque 5 ans.

 

Pour quelles raisons as-tu rejoint le Dragons ?

C’était un choix sportif que mes coéquipières n’avaient pas vraiment compris. Les transferts n’étaient pas fréquents à l’époque, elles n’ont pas apprécié que je quitte le club, encore moins pour rejoindre un club anversois (rires). Mais nous n’étions que 5-6 joueuses aux entraînements, je découvrais l’équipe nationale et j’avais surtout envie de progresser. L’équipe du Dragons était ambitieuse et elles étaient aussi systématiquement une petite vingtaine aux entraînements.

 

Que retiens-tu de ton passage en Hollande ?

Ce n’était pas une grande expérience, je n’ai jamais atteint mon niveau, je me suis blessée, et mentalement, je n’étais pas dans une bonne période. Je n’aimais pas non plus devoir faire les allers retours en voiture, et très vite, j’ai aussi réalisé que j’avais besoin d’être plus proche de mes amis et de ma famille. Comme j’étudiais déjà la psychologie à Anvers, j’ai alors choisi de signer au Brax. 

 

Où tu as remporté deux fois le championnat de Belgique. Pourquoi es-tu finalement revenue à la Gantoise ?

J’étais retournée vivre à Gand après mes études et je ne voulais plus faire les navettes. 

 

Te souviens-tu de ta première sélection en équipe nationale ?

J’avais 16 ans, c’était lors d’un stage contre un club espagnol. Dans la foulée, j’avais dit au coach que je ne voulais plus faire partie de la sélection car je voulais d’abord terminer mes humanités. J’ai donc mis l’équipe nationale entre parenthèse pendant près de deux ans. Je me souviens que Bert Wentink — qui était le High Performance Director des équipes nationales — m’avait fait signer une sorte de contrat dans lequel je m’engageais à revenir en équipe nationale après mes études secondaires. Si l’on compare avec ce qui se passe aujourd’hui, c’est vraiment le monde à l’envers. Comme convenu, j’ai donc réintégré le groupe vers 18 ans, à l’occasion d’un stage en Argentine. J’ai ensuite participé à mon premier tournoi international à San Diego, avant de jouer ma première coupe d’Europe, en 2011.

 

Et ton premier goal ?

C’était justement à l’Euro de Mönchengladbach, en 2011, contre l’Azerbaïdjan. Nous avions gagné 3-1 et j’avais inscris le deuxième goal. Au final, nous avions terminé à la 5e place. Depuis, je n’ai pas marqué très souvent, mais je suis à chaque fois extrêmement heureuse quand ça m’arrive.

 

À l’époque, tu te projettes déjà dans une carrière de sportive de haut niveau?

Pas vraiment. Je savais que j’étais douée parce que je recevais des compliments, mais l’idée était surtout de prendre du plaisir avec mes copines. 

 

Gamine, avais-tu une inspiration parmi les hockeyeuses ?

J’étais fan de Valérie Vermeersch, qui évoluait à la Gantoise. Plus tard, il y a aussi eu Sofie Gierts. C’est comique car Valérie est devenue une copine, et nous avons aussi joué toutes les trois ensemble lors des qualifications pour les Jeux Olympiques de Londres. 

 

Avais-tu d’autres modèles parmi les sportifs professionnels ?

Roger Federer. Sa façon de jouer bien sûr, mais aussi son attitude, son élégance et son mental, c’était un exemple. Malheureusement, je ne l’ai pas croisé aux JO de Londres. En revanche, j’espère avoir la chance de voir Rafael Nadal aux Jeux de Paris.

 

As-tu pratiqué d’autres sports ?

J’ai joué au tennis et au golf, mais le hockey m’a vite pris tout mon temps.

 

Un mot sur tes études ?

J’ai d’abord étudié deux ans pour devenir diététicienne, mais j’ai du renoncer en dernière année car je devais manquer trop de cours, en raison de la préparation pour les JO de Londres. À l’époque, les programmes n’étaient pas adaptés. C’est dommage, car je n’ai jamais eu ce diplôme. J’ai finalement bossé un an dans l’entreprise de textiles de mon père, avant de reprendre des études en psychologie. J’ai obtenu mon diplôme lorsque je jouais encore au Brax, mais je n’ai encore jamais pratiqué. Entre-temps, j’avais aussi lancé Babs and Bulle avec ma maman — NDLR : Une société qui crée des coussins, sacs à main, housses d’ordinateur portable, sacs à dos, poufs,… mais j’ai aussi mis ça de côté pour me consacrer entièrement au hockey jusqu’aux Jeux de Paris.

 

Au terme desquels tu prendras ta retraite internationale, à l’âge de 33 ans.

Exactement. C’est aussi pour cette raison que j’ai choisi de tout donner. Je n’ai pas envie d’avoir des regrets, et je veux en profiter jusqu’au bout.

 

Es-tu angoissée à l’idée de dire au revoir aux Red Panthers ?

Je me demande surtout ce que vais faire après. Je serai très triste d’arrêter parce qu’en vieillissant, je réalise à quel point c’est chouette de pouvoir jouer au hockey à ce niveau. Le hockey est avant tout ma passion. Je continue de m’amuser à chaque entraînement, chaque stage et chaque tournoi. Être en équipe à l’hôtel avec des copines… J’ai toujours un petit coup de spleen en rentrant. On peut comparer ça aux retours des camps scouts quand on est jeune. La dynamique d’équipe et le fait de partager des objectifs communs vont me manquer, j’ai peur de ne plus jamais retrouver ça dans ma carrière professionnelle. Heureusement, je m’offre encore minimum une saison avec la Gantoise. Mais après, il faudra aussi penser à arrêter la DH car je veux pouvoir fonder une famille. Pour revenir aux Red Panthers, je suis soulagée d’avoir pris la décision et ce sera plus facile d’arrêter après une belle compétition. Physiquement et mentalement, ça devient aussi éprouvant, et je n’ai surtout pas envie de faire l’année de trop. Et puis, je suis aussi convaincue que les jeunes joueuses sont prêtes à prendre la relève.

 

Y-a-t-il justement une jeune joueuse qui te rappelle celle que tu étais il y a une quinzaine d’années ?

Chez Red Panthers, pas vraiment, mais chez les plus jeunes, Perrine De Clerck, qui joue à Leuven. Nous avons un peu le même style de jeu, sauf défensivement, où elle est déjà beaucoup plus forte que moi. En m’entraînant avec elle, j’ai remarqué que nous avions la même vision du jeu, on se comprend d’ailleurs très bien sur un terrain.  

 

Si tu devais définir ton style de jeu ?

Mes principales qualités sont ma vision du jeu, la prise d’information pour donner la bonne passe au bon moment, et jouer simple ou en une-deux dans les petits espaces. En revanche, défendre n’est définitivement pas mon point fort.

 

Si tu pouvais choisir une compétence d’un Red Lions ?

Je choisirais la défense d’Arthur Van Doren et le sens du but de Florent Van Aubel.

 

Au regard du Centre de l’Excellence à Wilrijk et de tout ce dont le hockey belge profite aujourd’hui, aurais-tu aimé naître plus tard ?

Pas spécialement. Je suis très heureuse d’avoir pu vivre cette transformation de l’équipe nationale. J’étais présente quand on a créé le nom « Red Panthers », j’ai vécu notre ascension au ranking mondial, qui nous a vu passer de la 26e à la 4e position, ou encore notre passage d’une bande de potes à un groupe de joueuses professionnelles, qui s’entend toujours aussi bien humainement. Je suis juste un peu déçue de ne pas pouvoir participer à la coupe du monde en Belgique, en 2026.

 

Si on revient à tes débuts en équipe nationale… En 2011, les Jeux olympiques de Londres, tu y penses ?

Absolument pas. À l’époque on perdait contre la France et l’Italie. Se qualifier pour les Jeux paraissait impossible. Et puis, il y a eu ce tournoi qualificatif où nous étions sensées affronter les USA et l’Argentine, mais ces deux nations ont finalement obtenu directement leur ticket pour Londres. Il y avait donc deux gros morceaux en moins. Nous avons ensuite créé la surprise en battant l’Espagne, avant de nous imposer en finale contre l’Irlande. Depuis, j’y ai cru en 2016, 2020 et 2024, aussi parce que je voyais le talent arriver. C’est la raison pour laquelle je suis encore là aujourd’hui.

 

 

Plus jeune, tu ne te projetais donc pas du tout dans une carrière de sportive semi-professionnelle ?

Non, c’est aussi pour ça que je tenais à avoir un diplôme. Je ne voulais surtout pas tout miser sur le hockey. Pour avoir autre chose sur le côté en cas de blessure, mais aussi pour assurer ma reconversion, car nous ne gagnions pas non plus notre vie comme des footballeurs.

 

Ton discours serait-il le même aujourd’hui ?

Oui, j’aurais juste mis plus de temps pour obtenir mon diplôme. La plupart des Red Panthers étudient encore. Ce n’est pas facile pour elles de combiner les deux, et je trouve ça remarquable qu’elles y arrivent. 

 

Et contrairement à cette nouvelle génération, tu as pu profiter d’une jeunesse tout à fait normale…

C’est vrai. On s’entraînait à peine deux fois par semaine avec l’équipe nationale et nous n’avions même pas de séances de fitness. À l’époque, je pouvais sortir tranquille mais c’est devenu de plus en plus rare. Par la suite, j’ai aussi vite compris que les sorties c’était toujours la même chose et que la perspective de pouvoir participer aux Jeux était bien plus intéressante. En revanche, lorsque nous avons manqué coup sur coup la qualification pour les Jeux de Rio et de Tokyo, c’était vraiment dur à accepter. Et après l’échec de Tokyo, je me suis quand même demandé ce que je foutais encore ici. Aujourd’hui, c’est différent, les jeunes Red Panthers savent pourquoi elles font ces petits « sacrifices », puisque leurs chances de participer un jour aux Jeux Olympiques sont beaucoup plus grandes. De mon côté, je suis contente d’avoir eu une jeunesse « normale »,
même si dernièrement, j’ai quand même raté beaucoup de mariages et de vacances. Mais maintenant que je suis certaine de participer aux Jeux de Paris, tout ça n’a plus aucune importance.

 

L’image que tu renvoies aux plus jeunes, c’est important ? 

Je n’y pense pas vraiment mais c’est vrai qu’inconsciemment, je ne vais jamais boire un verre d’alcool devant les jeunes, et j’essaie toujours d’avoir un comportement exemplaire sur le terrain et en dehors. L’essentiel étant aussi de respecter les valeurs de notre sport, en ayant toujours la bonne attitude envers les joueuses adverses et les arbitres.

 

Être la capitaine des Red Panthers, c’est un rôle qui te tient à cœur ?

Nous sommes trois capitaines avec Michelle Struijk et Alix Gerniers. C’est très chouette de partager le brassard. Les autres joueuses savent qu’elles peuvent me faire confiance. Quand elles ont un problème, elles m’en parlent et je sers de relais entre l’équipe et le staff. 

 

Ce dont tu es le plus fière dans ta carrière de hockeyeuse ?

La qualification pour les Jeux de Paris, parce que j’ai vraiment tout donné pendant 12 ans pour y arriver. J’ai toujours continué à y croire en faisant preuve de persévérance.

 

Ton meilleur souvenir ?

Mon but contre l’Angleterre en demi-finale du tournoi qualificatif pour Paris. C’est le goal le plus important de ma carrière, c’était un vrai cadeau. C’était également très chouette d’être élue meilleure joueuse du tournoi, même si, à mes yeux, ce n’était pas vraiment mérité. (NDLR — Une place en finale dans ce tournoi qualificatif était synonyme de qualification directe pour les JO de Paris.)

 

Après une coupe du monde décevante et une jolie médaille d’argent à l’Euro, cette victoire dans ce tournoi qualificatif pour Paris devait être un vrai soulagement ?

Oui, parce que c’était aussi la première fois que nous étions les favorites sur papier. Confirmer notre statut en remportant le tournoi a été un énorme soulagement. Surtout pour les joueuses les plus anciennes, Aisling D’Hooghe, Alix Gerniers, Judith Vandermeiren et moi-même. Notre traumatisme était profond, et je vous assure que sur le banc lors des dernières minutes du match en demi-finale, je n’étais pas bien du tout. (NDLR : Avec plus de 1000 sélections à elles 4, elles sont les seules « rescapées » des Red Panthers qui avaient pris part aux JO de Londres 2012).

 

Tu as souvent déclaré que la nouvelle génération des 

Red Panthers vous avait apporté une certaine culture de la gagne ?

Je confirme. Et désormais, toute l’équipe à cette culture de la gagne. C’est grâce aux plus jeunes, mais aussi à Raoul Ehren, qui a été le premier coach à oser nous parler de médaille. 

 

 

Ce serait quoi la touche Raoul Ehren ?

D’oser y croire très fort. Quand il a commencé, nous étions 12e au ranking mondial et son objectif était qu’on soit dans le top 6. Jusqu’ici, tout ce qu’il a dit s’est vérifié. Maintenant, il nous parle de médaille aux Jeux… On croise les doigts pour qu’il ait une nouvelle fois raison.

 

Douze ans après les JO de Londres, tu vas donc retrouver les JO. Que retiens-tu de Londres ?

Le moment de notre entrée dans le stade olympique avec toute la délégation belge à la cérémonie d’ouverture. 

 

Quelle sera ton ambition à Paris ?

De ramener une médaille. En tant que 4e nation mondiale, on peut y croire de façon objective.

 

Peux-tu nous présenter votre poule aux JO ?

On va jouer contre la Hollande, la Chine, l’Allemagne et la France. Je suis contente du tirage, surtout parce qu’on se retrouve dans le même groupe que la Hollande. Cela signifie que si nous terminons deuxièmes du groupe derrière elles, on ne pourra plus les affronter avant la finale. 

 

C’est l’équipe qui vous fait le plus peur ?

Chaque pays veut éviter la Hollande. Personnellement, ça fait 14 ans que je perds contre elles. Si on regarde le palmarès des JO, la Hollande a enchainé 3 médailles d’or et deux médailles d’argent sur les 5 dernières éditions. Mais elles commencent à douter. Après la finale de l’Euro, elles m’ont dit que nous étions les seules qui pourraient les battre. Personnellement, je crois que l’Australie, l’Allemagne et l’Argentine pourraient aussi les ennuyer.

 

Si l’on revient au championnat de Belgique, qu’est-ce-qui pourrait empêcher la Gantoise de remporter un 4e titre consécutif ?

Nous-mêmes. Si on tient le coup physiquement et qu’on parvient à éviter les blessures, ça devrait aller. Mais nous ne sommes pas à l’abri d’un coup de fatigue, sachant que notre programme jusqu’à la fin de saison sera très soutenu. Mais je vous garantis que si je ressens la moindre gêne, je ne prendrai aucun risque avant Paris. Et le coach comprendra…

 

 

Ce serait quoi ta journée off idéale ?

Prendre un brunch avec mon copain, des amis ou la famille, et ensuite me balader sur la plage. 

 

 

Quel serait ton conseil aux jeunes joueuses qui rêvent de rejoindre les Red Panthers ?

De travailler beaucoup car le talent ne suffit pas, et surtout de prendre du plaisir.

 

Pour conclure, qu’est-ce-qui fait la force des Red Panthers, version 2024 ?

La confiance que nous avons toutes les unes envers les autres, et le fait que nous soyons si soudées.

Bab’s balance les Red Panthers

 

Ton rôle dans le vestiaire ?

Danser avec Alix Gerniers

 

La première de classe ?

Lucie Breyne 

 

La plus douée ?

Stéphanie Vanden Borre

 

La plus stylée ?

Aisling D’Hooghe.

 

La moins stylée ?

Joker

 

L’intello ?

Louise Versavel 

 

La blagueuse ?

Tiphaine Duquesne

 

La plus mauvaise perdante ?

Ambre Ballenghien

 

La plus grosse fêtarde ?

Justine Rasir

 

La plus superstitieuse ?

Moi 

 

La chouchoute du coach ?

Hélène Brasseur

 

 

 

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