Xavier Reckinger

Les confidences de Xavier Reckinger

L’argent à l’Euro avant l’Or à Tokyo ? Le Reck en rêve et compte bien faire briller ses protégées allemandes au sommet du podium des prochains JO. Avant de retrouver les terrains belges ? Entretien.

Cela fait déjà deux ans et demi que Xavier Reckinger a pris les rênes de l’équipe nationale allemande de hockey féminin. L’ancien Red Lions y a posé sa patte avec autorité l’installant au quatrième rang de la hiérarchie mondiale. Et surtout, il est parvenu à glaner une breloque lors d’un grand championnat, mettant fin à cinq ans de disette : l’argent au dernier Euro d’Anvers en 2019. Mais l’entraîneur des Danas qui confie s’inspirer fortement de Phil Jackson, le coach légendaire de NBA, a déjà les yeux rivés sur le Japon où il espère décrocher le graal avec son team…

Xavier, quel bilan tirez-vous de ce cru 2019 ?

« Ce fut une année très animée et même secouée. En Pro League, on a réalisé un parcours bien plus réussi que celui escompté. À l’Euro, malgré la médaille d’argent obtenue, je reste sur une impression légèrement amère. Au niveau du jeu produit, je trouve, avec du recul, que cela reste mitigé. Ce ne fut pas notre meilleur tournoi même si on a enregistré des progrès notables sur certains points, notamment au niveau défensif contre la Belgique d’ailleurs. Bref, il y a eu du pour et du contre. »

Cette année, les Jeux olympiques cristallisent tous les espoirs…

« Avec le format actuel du tournoi olympique, il faut déjà sortir parmi les quatre premiers de la poule où l’on affrontera les Pays-Bas, la Grande-Bretagne, l’Irlande, l’Inde et l’Afrique du sud. Il faudra grandir durant la compétition car tout se jouera sur un match. Il y aura de la pression, c’est sûr, mais on se doit de figurer au moins en demi-finale. Ce sera une expérience extraordinaire de vivre ça en tant que T1, je trépigne déjà d’impatience. »

En attendant, votre premier match officiel en 2020, ce sera contre… les Panthers!

« Après notre stage en Afrique du Sud, on va lancer notre campagne de Pro League contre la Belgique. Ce sera un premier test intéressant, c’est sûr. Mais à l’instar des grandes équipes, toute notre attention sera focalisée sur les JO bien évidemment et je n’hésiterai à faire tourner mon noyau en Pro League afin que l’équipe soit à 100% à Tokyo. »

L’an dernier, vous aviez fustigé la Pro League. Toujours aussi critique ?

« Oui, je le répète : la Pro League n’est pas un bon développement pour le hockey. Pour moi, les équipes devraient avoir la liberté de choisir leur préparation. Sans oublier que les clubs sont également pénalisés avec ce format. Mais bon, c’est comme cela et on essaye de faire au mieux. » 

Comment avez-vous vécu la terrible désillusion des Panthers qui manqueront les Jeux ?

« Ça m’a vraiment fait mal au cœur. Il n’y avait pas pire scénario que celui-là, tout perdre dans les dernières minutes. C’est cruel quand on sait tous les investissements et les efforts que ce groupe a fournis et qui est pétri de qualités. »

Que retenez-vous de votre passage au Racing ? 

« Franchement, que des bons souvenirs. J’ai reçu un soutien formidable du staff, notamment de Lucas De Mot et Olivier Coulon. On a fait du bon boulot malgré les blessures de quelques joueurs importants au pire des moments. Au niveau organisation, c’est vrai que c’était chargé avec la famille et l’équipe nationale allemande en parallèle et ce fut dur à gérer. » 

À Tokyo, les Lions parviendront-ils à réaliser la passe de trois : Coupe du monde, Euro et enfin les JO ?

« Ils peuvent le faire, c’est sûr, mais ce sera extrêmement difficile. Sur la scène internationale, c’est désormais l’équipe qui détient le plus d’expérience, un aspect si précieux pour de tels événements. Ils me rappellent le groupe de la Hollande à la fin des années 2000 qui était terriblement solide. Les Lions ont atteint la maturité absolue et la confiance ne fait que monter, tout est en place pour qu’ils décrochent l’or à Tokyo. Il n’y a qu’à voir leur préparation hivernale qui est déjà très impressionnante pour s’en convaincre.»

Vous ne nourrissez aucun regret quant à votre carrière de joueur ?

« Les JO d’Athènes manqués, cela reste dur à digérer même plus de 15 ans après. J’aurais peut-être voulu continuer au plus haut niveau plus longtemps, mais mon corps n’a pas suivi. Il faut dire qu’à l’époque où j’ai commencé à me lancer au hockey à 100%, les conditions n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. Un autre aspect négatif, c’est d’avoir été perçu parfois comme n’étant pas sympa sur le terrain. Une réputation que je ne trouve pas justifiée parce que je pense avoir toujours été correct envers les adversaires. : Tout ce que je faisais, c’était pour l’équipe et pour gagner. »

Et un retour en Belgique, cela vous titille ? 

« J’adore mon boulot actuel. Après Tokyo, je pense peut-être me mettre au vert avec ma famille pendant quelques mois. J’aimerai continuer avec l’Allemagne mais dois avouer qu’un jour coacher une équipe nationale belge, cela me trotte dans la tête. »

Reckinger, le joueur derrière l’entraîneur

Anvers et contre tout 

Doux euphémisme que d’affirmer que Reck dispose d’une carrière bien remplie: 328 sélections avec l’équipe nationale et des expériences en club à l’étranger et en Belgique. Rien que ça. À 36 ans, l’Anversois peut être fier de son parcours qu’il a débuté à Lierre de 1990 à 2002. Il a poursuivi son parcours en Nouvelle-Zélande où il a évolué une saison avant d’étoffer son palmarès dans la prestigieuse écurie d’Oranje Zwart (2003-2005) aux Pays-Bas en s’offrant un titre de champion en Hoofdklasse et une Coupe d’Europe. Avant de retrouver la DH sous la vareuse du Dragons jusqu’en 2009 pour ensuite signer au Braxgata où il sera resté 7 saisons avant de tirer une ultime révérence à l’Héraklès au terme d’une formidable saison ponctuée par une défaite en finale contre… le Dragons. La boucle était alors bouclée. Avec les Red Lions, Reckinger a débuté son aventure en 2000 pour la clôturer fin août 2014 afin de se focaliser davantage sur le coaching. Il aura disputé deux Olympiades à Pékin en 2008 et à Londres en 2012. Et lorsqu’on lui demandait d’évoquer son meilleur souvenir avec l’équipe nationale, la réponse fusait. « Sans conteste, l’aventure de l’Euro à Manchester en 2007 (NDLR : où les Red Lions avaient accroché une qualification pour les Jeux de Pékin et une médaille de bronze). J’avais subi une double hernie et étais, malgré tout, parvenu à gagner ma sélection. Ce fut là que cette formidable équipe est née.» C’était il y a déjà 13 ans. Le temps passe mais le Reck a toujours faim de victoires. Même sans le stick en main…

 

 Pierre VAN GROOTLOON