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L’ANCIEN

« Nous sommes désormais 8-9 équipes à pouvoir viser le top 4. » 
John verdussen

Par Boris Rodesch 

Après 12 matchs joués, le Léopold est en tête du classement de l’ION Hockey League avec un bilan de 11 victoires pour un match nul et 34 points au compteur. Comptant déjà 7 points d’avance sur ses plus proches poursuivants — les Dragons —,  les rouges et blancs semblent bien décidés à prendre leur revanche sur la saison dernière. Nous profitons de la trêve pour nous entretenir avec le capitaine emblématique du Léo, John Verdussen.

Un mot sur votre début de saison presque parfait ?

On réalise un premier tour incroyable, nous sommes invaincus, on a la meilleure attaque, on a la deuxième meilleure défense, on a aussi la chance de ne pas avoir beaucoup de blessures et de pouvoir jouer chaque semaine au complet. Ajoutez-y le fait que nos deux renforts — Gauthier Boccard et Elliot Van Strydonck — performent à leur niveau et apportent logiquement un vrai plus à cette équipe qui tournait déjà très bien la saison dernière... Nous sommes clairement devenus plus forts. Le coach commence aussi à avoir son emprunte sur l’équipe, on sait ce qu’on doit faire chaque semaine et ça devient de plus en plus facile. Pour le moment, tout va donc très bien, mais la saison est longue et on sait que tout redémarre à zéro lors des play-offs. Il ne faudra rien lâcher et le prochain objectif sera de valider notre ticket pour le top 4 le plus rapidement possible.

Ton avis sur l’état de forme impressionnant de Tom Boon ?

Il nous surprend chaque semaine, même à l’entraînement ! Le coach adore Tom, il a mis en place un système de jeu où on joue beaucoup pour les attaquants. Il précise aussi que ce ne sont pas les défenseurs ou les milieux qui doivent être dans le cercle mais bien les attaquants auxquels il faut laisser les balles pour qu’ils puissent faire la différence. C’est un schéma de jeu qui correspond particulièrement bien à Tom. Sachant qu’il peut inscrire 3 goals par match, on se dit qu’on doit juste en encaisser le moins possible et que ce sera déjà presque gagné. C’est de loin l’attaquant le plus fort avec lequel j’ai évolué au cours de mes 17 saisons en DH.

Suite à l’affaire des Visas, l’équipe est-elle particulièrement revancharde ?

Évidemment. La saison dernière, on nous a annoncé deux jours avant notre demi-finale qu’on était exclus des playoffs. Sachant que l’on sortait aussi de la crise sanitaire, où durant deux saisons les playoffs  avaient été soit annulés, soit joués sans public… En bref, il y a deux saisons où on aurait pu être champions mais à chaque fois, pour différentes raisons, on nous a « volé » les demi-finales et la finale… Au niveau de l’affaire des visas, la frustration était immense puisqu’in fine, on a pénalisé les joueurs à cause d’une erreur qui a été faite dans les bureaux... Je pense juste que le hockey en Belgique se veut de plus en plus professionnel mais qu’au niveau administratif, on est encore des touristes dans tous les clubs. La fédération devrait faire des efforts là-dessus. Il faudrait imaginer un système où chaque club doit présenter les modalités de paiements pour l’ensemble de son noyau, et que ce soit clair dès le début de saison, pour éviter que des décisions lourdes de conséquence puissent tomber à  48 heures d’une demi-finale.

Le Léo semble assumer son rôle de favori… Néanmoins, ce serait qui votre plus gros adversaire cette saison ?

On est le favori suite à notre excellent premier tour, mais pour moi, il y a cinq équipes favorites : La Gantoise, le Dragons, le Racing le Watducks et le Léo. Sur un ou deux matchs, tout le monde peut battre tout le monde. Quand on sait que les play-offs se jouent sur deux rencontres… Tout peut arriver.

Quel est justement ton avis sur la formule actuelle de notre championnat et de ses play-offs à 4 ?

Pour la saison régulière et ses 11 matchs allers-retours, je n’ai rien à dire. Pour les demi-finales et la finale par contre, je suis d’avis, comme beaucoup de joueurs, qu’elles ne devraient pas se jouer en deux matchs mais en trois matchs, comme en Hollande. Cela devrait se jouer à la victoire sur chaque match, sans avoir recours aux shootouts. Je suis un partisan du but en or car le problème des shootouts, c’est que les équipes en Belgique ne sont pas entraînées sur cette phase. Dans notre groupe de 20 joueurs, il y en a deux qui sont habitués à tirer les shootouts. Jouer toute une saison là-dessus me paraît donc compliqué.

À 35 ans, tu joues donc ta 17ème saison en DH… Ton avis sur l’évolution du championnat belge et la professionnalisation du hockey en Belgique ?

Ce qui est très positif, c’est le nouveau sponsor de la fédération qui communique beaucoup. La diffusion des matchs à la télévision, la communication sur les réseaux sociaux… Cela devient de plus en plus pro et de plus en plus chouette d’évoluer en DH. Les joueurs sont davantage mis en avant, le niveau est aussi de plus en plus homogène et il n’y a plus petites équipes. Avant, il y avait 3-4 favoris, désormais nous sommes 8-9 équipes à pouvoir viser le top 4. Nous jouons donc chaque semaine des matchs à enjeux. Il y a aussi de plus en plus de monde au bord des terrains, ce qui rend nos rencontres encore plus excitantes. En résumé, le hockey a énormément changé, ne fût ce qu’au niveau des nombreuses nouvelles règles qui ont toutes fait évoluer notre sport dans le bon sens. Avant, on s’entraînait aussi deux fois par semaine et les entraînements étaient assez festifs derrière… Maintenant, on s’entraîne 3 fois par semaine, on a de la musculation, des séances de vidéo, des entraînements en journée… Les jeunes sont aussi plus ambitieux puisqu’ils peuvent se projeter chez les Red Lions. Pouvoir faire partie de ce groupe fait rêver beaucoup de monde ! Enfin, il y a aussi l’aspect financier. Même si le hockey est avant tout une passion, ça fait toujours plaisir de pouvoir gagner un peu de sous en jouant, et ça, c’est quelque chose dont on ne parlait même pas il y a 17 ans.

Comment parviens-tu à combiner ta carrière de kiné et de joueur ?

Je n’ai aucun passe droit mais j’ai la chance d’avoir mon lieu de travail au Léo, puisque mon cabinet est situé dans l’enceinte du club. C’est un vrai gain de temps. Je peux aussi compter sur mon épouse qui me pousse à continuer en gérant nos deux enfants lorsque je suis au hockey.

Quel a été ton parcours en équipe nationale ?

J’ai évolué au niveau des provinciaux chez les jeunes, ensuite en équipe nationale moins de 16 ans et moins de 18 ans. J’ai aussi participé à une coupe d’Europe en moins de 21 ans où j’étais le capitaine de l’équipe, et après, j’ai obtenu 50 caps en équipe nationale A, entre mes 20 et mes 25 ans. Je n’ai malheureusement jamais fait partie de la sélection pour une grande compétition, mais j’ai pu participer au Champions challenge en Argentine.

Désormais, les Red Lions du noyau ne s’entraînent presque jamais avec vous… Comment vivez-vous cela dans le groupe ?

En effet, c’est particulier. On ne les voit que le vendredi, et au vu de leur niveau, on ne s’entraîne pas de la même manière s’ils sont présents ou non. Le rythme est clairement plus élevé en leur présence. Par contre, ça laisse la place aux jeunes et ça prépare l’avenir, ce qui est très positif.

Tu aurais aimé faire partie de ce groupe des Red Lions qui a tout gagné ?

Je suis assez mature pour me dire que je n’avais pas le niveau pour faire partie du groupe aujourd’hui. À l’époque, je ne pouvais pas non plus me permettre de privilégier le hockey à ma carrière de kiné. J’ai donc fait le choix d‘être kiné et j’en suis ravi. Par ailleurs, j’admire les joueurs internationaux et je suis enchanté de pouvoir les côtoyer tous les week-ends. Après, je ne pense pas que j’aurais été capable de faire autant de sacrifices. À ce titre, je leur tire mon chapeau. 

Quel est le meilleur souvenir de ta carrière de hockeyeur ?

Avoir eu la chance d’être le capitaine du Léo et de pouvoir soulever la coupe à l’Herakles pour fêter mon deuxième titre avec les copains, en 2019.

Pour conclure, penses-tu déjà au jour où tu décideras d’arrêter ta carrière en DH ?

Cela fait un moment que j’y pense… C’est pour cette raison que je tiens à avoir une discussion avec mon coach, au milieu et en fin de saison, pour le sonder sur mon niveau, pour savoir s’il est temps de céder le flambeau aux plus jeunes où si j’ai objectivement encore ma place sur le terrain. Ensuite, j’aime aussi avoir l’avis de ma femme pour savoir si elle me pousse ou non à continuer. Enfin, si j’ai eu la chance de ne pas avoir trop de blessures jusqu’ici, je dois continuer à écouter mon corps. Je vais me laisser le deuxième tour, et on verra si ce sera ma dernière saison ou si je continue encore l’année prochaine. L’arrêt me fait peur évidemment, mais ce dont je suis certain, c’est que le jour où j’arrêterai, ce sera pour jouer à un niveau vraiment inférieur avec des potes. Je veux prendre cette décision au bon moment et ce n’est pas facile, ça dépend de beaucoup de choses.