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RACING CHAMPION ! 

« Je m’en remets à peine. »

Jeremy Gucassoff

Jeremy Gucassoff, alias Mimi, se souviendra longtemps de sa 17ème saison en division d’honneur avec le Racing. Véritable clubman, ce gardien de but s’est donc armé de patience pour remporter, à 33 ans, un premier titre de champion de Belgique. Après 81 ans d’attente pour les Rats, et quatre finales perdues depuis 2010, l’euphorie était totale du côté de l’avenue des Chênes, où les chants des joueurs et des supporters résonnent encore.

Un air de Poulidor

Jeremy découvre le hockey au Racing, en 1993, grâce à son papa, le défenseur Alex Gucassoff. Lequel avait rejoint l’équipe première des Rats suite à l’éclatement de La Rasante. Très vite, « au plus grand dam » de son papa, Jérémy choisit d’évoluer au poste de gardien de but. « Mon père a joué avec deux des meilleurs gardiens belges de l’histoire, Michel van Oost et Boule Henet. Les regarder jouer a certainement influencé mon choix. » Jeremy progresse dans les catégories d’âge avant d’être convoqué pour la première fois en équipe première, à l’âge de quinze ans. À l’époque, le gardien titulaire est Xavier Peeters, surnommé Big One. L’équipe du Racing, qui avait fait plusieurs fois l’ascenseur entre la DH et la D1 au début des années 2000, trouvait enfin sa vitesse de croisière sous la houlette de son nouveau coach, l’ancien coéquipier du père de Mimi, Luc Melotte. Jeremy devra ensuite attendre ses 17 ans pour s’imposer comme le gardien titulaire en DH. Il retrouve alors des joueurs de sa génération, Thomas Vannesste, Cédric Buchet et Jérôme Truyens, ou encore, Cédric Charlier et Tom Boon, fraîchement arrivés d’Uccle Sport. L’équipe s’impose doucement comme l’une des valeurs sûres de la DH, avant de se qualifier pour la finale des play-offs, en 2010. Opposé aux Dragons dans les installations de l’Herakles, le Racing s’incline logiquement. La saison suivante, les joueurs ucclois rejoignent une nouvelle fois le Dragons en finale du championnat de Belgique. « Cette défaite aux strokes à domicile lors de la troisième manche était la plus compliquée à gérer mentalement. » Viendront ensuite deux autres finales perdues, contre le Watducks, en 2015, et face au Dragons, en 2018.

Une autre époque

En parallèle, Jeremy intègre le noyau des Red Lions en 2009. Avec le maillot belge, il décrochera deux médailles d’argent aux championnats d’Europe à Boom, en 2013, et aux Jeux olympiques à Rio, en 2016. Un an et demi après les Jeux de Rio, il met un terme à sa carrière internationale pour commencer à travailler. Diplômé en Marketing à l’EPHEC, il rejoint l’équipe du bureau de courtage en assurance, Van Buggenhoudt & Fils, refusant du même coup des jolies propositions de transfert à l’étranger. Depuis, il a dû adapter son programme d’entraînement et il ne s’entraîne plus que deux fois par semaine. « Lorsque j’ai commencé à jouer en équipe nationale, le niveau d’exigence n’avait rien à voir avec celui que les jeunes joueurs connaissent aujourd’hui. Je me souviens qu’Adam Commens m’avait même demandé de contacter des connaissances pour qu’ils viennent compléter le noyau des Red Lions… De mon côté, j’ai surtout eu la chance de pouvoir profiter à l’EPHEC d’un programme adapté à mon statut de sportif de haut niveau. » Comprenez que Jeremy a vécu de l’intérieur l’évolution du hockey en Belgique — de l’amateurisme vers le semi-professionnalisme — qui a permis aux Red Lions de devenir champion du monde, champion d’Europe et champion olympique.

 

100% Racing

La parenthèse des Red Lions étant refermée, cela fait près de cinq ans que le gardien ucclois se consacre exclusivement à son club de cœur. « Pendant longtemps, on ne parvenait pas à garder la même équipe plus de deux ans. Nous manquions de stabilité et d’un plan structuré sur le long terme pour pouvoir légitimement viser un titre. Aujourd’hui, c’est différent. Nous avons une équipe très jeune avec trois-quatre cadres. À l’exception du joueur français, Gaspard Xavier, il n’y a que des belges dans l’équipe et ça fonctionne très bien. Nos jeunes vont acquérir de l’expérience et nous serons de plus en plus forts. La continuité, c’est mieux que n’importe quel transfert. » Et pourtant, peu nombreux sont ceux qui auraient osé miser, en début de saison, sur le Racing champion. Les noirs et blancs qui entamaient bien le championnat, alternait ensuite le très bon et le moins bon, pour rejoindre le final four, au terme de la dernière journée de la phase classique. Les Rats devaient affronter le Léo en demi-finale, mais c’était sans compter sur le jugement de l’ARBH dans le cadre de l’affaire des deux joueurs argentins. De quoi perturber la préparation de l’équipe de Craig Fulton ? « Pas du tout, nous étions droits dans nos souliers, le Racing n’a d’ailleurs pas porté plainte. Et comme nous savions que la sanction allait tomber avant les demi-finales, le staff nous avait préparé pour les deux matchs. » Défait 2-1 par le Braxgata au match aller de la demi-finale, le Racing réussi à retourner la situation à domicile, pour s’imposer 3-1, et obtenir sa qualification pour la finale.

 

L’arme du troisième quart temps

Dans les installations du LLNHC, le Racing est rapidement mené 0-2 lors de la première rencontre face à la Gantoise. De quoi faire ressurgir les fantômes des quatre dernières finales perdues ? « Nous n’étions pas du tout dans cet état d’esprit-là. Nous savions que nous étions arrivés en finale parce que nous avions travaillé pour et le but était de garder notre plan de jeu. Le staff a fait un super boulot qui nous a permis de faire abstraction du contexte. À 0-2, pour le même prix, on s’écroulait, mais nous sommes revenus à 2-2. » Le dimanche, avec près de 3700 supporters présents dans les tribunes, l’ambiance était grandiose pour assister au bouquet final. Rapidement mené 0-1, le Racing allait égaliser par Tanguy Cosyns juste avant la mi-temps. « Nous n’avons pas paniqué car cette saison, nous avions souvent fait la différence dans le troisième quart temps. Et c’est exactement ce qui s’est passé puisque Tanguy a encore inscrit deux goals en trente secondes. En menant 3-1 à l’entame du dernier quart temps, nous avons logiquement été dominés par la Gantoise, qui a poussé pour finalement revenir à 3-2. Les jeunes ont tout donné et les cadres ont su faire la différence sur l’ensemble des deux matchs». Le Racing, et plus particulièrement ces deux clubmen, Jérôme Truyens et Jeremy Gucassoff, pouvaient enfin laisser exploser leur joie, et savourer ce titre de champion de Belgique !

La suite, c’est une communion parfaite entre les joueurs et leurs supporters, qui ont pu fêter le 6ème titre des messieurs — dans l’histoire du club —  à Louvain-la-Neuve, avant de rejoindre l’avenue des Chênes, où la fête a duré jusqu’aux aurores. « C’était un moment historique, il suffisait de voir l’engouement de tous les anciens présents dimanche soir pour comprendre ce que représente ce titre pour le Racing ! » Sur un petit nuage, le papa de Zoé et Jade nous confirme qu’il continuera l’aventure avec les Rats — encore au moins une saison — avant de discuter avec les dirigeants pour trouver son digne successeur.