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Les Bleus se la jouent à la belge

 

Les joueurs de hockey venus de l’hexagone sont de plus en plus nombreux à évoluer en division d’honneur. Cette tendance ne cesse de se renforcer depuis une dizaine d’années. Cinquante-deux ans après sa dernière participation aux JO, la Fédération française désire ainsi s’inspirer de l’évolution du hockey en Belgique pour briller lors des prochains Jeux, à Paris, en 2024.

Rencontre avec l’international français, Charles Masson.

Il est certainement le plus belge des hockeyeurs français. Profitant de la double nationalité, le milieu de terrain de La Gantoise — fils d’un ancien golfeur pro français — a commencé à jouer au Waterloo Ducks dès l’âge de cinq ans. « J’ai évolué au Wat jusqu’à mes seize ans. Ensuite, j’ai rejoint le Léo, où l’idée était de jouer avec les U19, et, selon mes performances, aussi avec les Messieurs. Cela s’est très bien passé et j’ai goûté aux plaisirs de la division d’honneur durant mes deux années au Léo. » Fort de cette expérience, il retrouve son club de cœur, en 2012. « Sur mes cinq années passées à Waterloo, nous avons remporté trois fois le championnat. » Le joueur, âgé de trente ans à ce jour, a alors continué sa carrière à l’Orée avant de signer, en 2020, à La Gantoise. En parallèle, Charles Masson, un peu juste pour intégrer le noyau des Red Lions en vue des Jeux olympiques de Rio — notamment à cause d’une hernie inguinale contractée au lendemain de la coupe du monde 2013 avec les U21 belges ­— a opté pour la sélection française, en 2014, où il est vite devenu un titulaire incontestable.

 

Le Watducks comme terre d’accueil

Si le joueur profite d’un statut semi-professionnel, étant rémunéré par La Gantoise, contrairement aux Red Lions, il ne jouit d’aucun salaire de la part de sa fédération. « Au même titre que tous les internationaux français, j’ai entrepris des études. D’abord deux ans en Sciences Économiques avant de suivre un bachelier en Sciences Politiques et de poursuivre avec un Master en diplomatie et résolution des conflits. » Son diplôme en poche, Charles Masson préfère se concentrer exclusivement sur son rêve olympique. Et comme la plupart de ses coéquipiers en équipe nationale, il progresse au quotidien dans l’un des meilleurs championnats au monde. « Lorsque j’ai débuté en équipe nationale, nous étions deux-trois joueurs français à jouer en Belgique. Il y avait Victor Charlet, Tom Genestet et son petit frère, Hugo. Aujourd’hui, si l’on prend le noyau élargit, nous sommes quinze-seize internationaux en Belgique, dont cinq sont mes coéquipiers à La Gantoise. » Une vraie colonie qui met à profit sa présence en Belgique en se réunissant tous les mardis au Watducks pour suivre une double session d’entraînement. « Cela nous évite des allers-retours en France, sachant que l’ensemble du noyau se retrouve déjà tous les mercredis matins à Lille pour les entraînements physiques. »

Copier-coller

Avec dix ans de retard sur la Belgique, le hockey français est donc bien décidé à se calquer sur le modèle des Red Lions. La fédération française s’est d’ailleurs souvent entretenue avec Marc Coudron pour identifier les ingrédients de ce succès retentissant. « L’idée de notre fédé est de comprendre le développement de l’équipe nationale belge mais aussi de son championnat, car si les Red Lions sont une magnifique vitrine, c’est aussi grâce au travail des clubs derrière, qui ont permis à la division d’honneur de devenir ce championnat si attractif.  En quinze ans à peine, la Belgique s’est s’imposée comme l’une des plus grandes nations du hockey mondial. Marc Coudron a vraiment fait un boulot exceptionnel. » Avec près de 16000 affiliés la fédération française s’attelle désormais à rendre le hockey plus populaire dans l’hexagone.

Le développement que connaît le hockey belge depuis 2008 n’aurait pas été possible sans les coachs étrangers qui se sont succédés à la tête des Red Lions. Colin Batch, Marc Lammers, Adam Commens ou Shane McLeod… Les Bleus l’ont bien compris. « La Belgique a du passer par là pour se professionnaliser. La France est en train de prendre le même chemin. En 2014, nous avions engagé Jeroen Delmee comme coach. Avec Xavier De Greve, nous avons aussi un T2 belge depuis plusieurs années. Maintenant, Fred Soyer est notre nouveau coach. Il a signé après avoir coaché l’Espagne entre 2014 et 2021. » Nul doute que son expérience du plus haut niveau sera, elle aussi, un vrai plus pour le développement de l’équipe française. 

 

Un manque de constance

Si vous demandez à Charles Masson ce qu’il manque à l’actuelle onzième nation au classement mondial pour s’installer dans le top 10, il dit : « Nous ne sommes pas assez constants sur un match complet. Que ce soit au niveau physique ou mental, on doit s’améliorer pour proposer notre meilleur hockey durant 60 minutes. Notre impact sur les rencontres n’est pas le même que celui des équipes du top. On vient d’ailleurs d’engager un préparateur physique belge, Sébastien Sarrazin, qui va nous aider à franchir un palier. » Au-delà des qualités sportives intrinsèques de l’équipe, Charles Masson pointe aussi le manque d’infrastructures en France. « Nous venons de participer pour la première fois à la Pro League, suite au désistement du Canada en raison du Covid. Sur les seize rencontres, nous n’avons pas joué une seule fois en France. Tandis que les Red Lions jouent à domicile devant un stade comble. » Heureusement pour les Bleus, cela va changer grâce aux Jeux olympiques, puisque le stade Yves-Du-Manoir a été remis à neuf pour pouvoir accueillir le tournoi. «  Les Jeux à Paris veulent être éco-responsables, l’idée est donc de réutiliser ce stade et toutes les infrastructures développées autour. À l’instar du Centre d’Excellence à Wilrijk, ils construisent un bâtiment avec une salle de musculation et des salles de repos ou de briefings… C’est une façon pour la fédération de profiter de l’engouement autour des Jeux sans dépenser trop d’argent, avant de continuer à surfer sur cette vague pour finalement offrir un centre dédié au hockey. »

 

Le baptême en Pro League

 « On a réussi à accrocher toutes les équipes. Nous avons battu les Indiens et les Argentins et nous avons poussé les hollandais aux shoot-outs.  Cette compétition nous a permis d’affronter les plus grandes nations. Nous avons engrangé du rythme et de l’expérience, et on a pu peaufiner nos automatismes. C’était aussi très bien de finir avec ces deux rencontres contre les Red Lions. Nous nous sommes inclinés 2-1 et 3-1, une nouvelle fois à cause de notre manque de constance. Je me répète mais nous avons du mal à jouer 60 minutes à un très haut niveau. On tient parfois 40-45 minutes, mais au hockey, si tu lâches pendant 10-15 minutes, tu prends cher. Après, l’objectif contre les Belges n’était pas de gagner, mais plutôt de souligner nos progrès en s’inclinant au terme de deux rencontres relativement serrées, face à la meilleure nation mondiale. Cette expérience en Pro-League nous fera progresser et notamment dans la gestion de nos voyages. » 

 
Avant de conclure, Charles Masson — qui compte 120 sélections en équipe de France  —se réjouit du chemin déjà parcouru en se remémorant une lourde défaite essuyée contre l’Australie en 2015. « On s’était incliné 10-0 à Anvers avant de les rejouer en quart de finale à la coupe du monde, en 2018, où nous avions perdu 3-0 sur trois P-C. Cette défaite honorable souligne une belle évolution. » Ajoutez-y la médaille de bronze des U21 français à la coupe du monde l’an dernier — où Timothée Clément a été élu meilleur joueur du tournoi —  et vous comprendrez que l’avenir du hockey français s’éclaircit lentement mais sûrement. C’est tout le mal que l’on souhaite à nos chers voisins…