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DANS L’OMBRE D’ALIX

« LA COUPE DU MONDE ET LES JEUX, JE PRÉFÈRE NE PAS Y PENSER. »

Dominique Brebant


Derrière toutes les grandes championnes se cachent des parents investis, prêts à tout pour que leurs progénitures puissent vivre pleinement leur passion. Le parcours d’Alix Gerniers confirme, une nouvelle fois, cet adage. Nous nous sommes entretenu avec la maman de la Red Panthers, Dominique Brebant, première supportrice de sa fille cadette. 

 

Dominique est une passionnée de sports. Celle qui était joueuse de football au niveau national lorsqu’elle était plus jeune, a ensuite rencontré son futur mari, Thierry Gerniers, un joueur de hockey aguerri, qui joue au Saint Georges depuis son plus jeune âge. « J’ai alors rangé mes crampons et je me suis inscrite au hockey, à Renaix. Si je n’ai jamais été très douée techniquement, j’avais un bon sens du jeu, et je me débrouillais bien en salle. » Son fils ainé, Simon, qui a longtemps joué au hockey, et surtout sa fille, Alix, qui évolue avec les Red Panthers depuis ses dix-sept ans, tiennent donc — sportivement parlant — davantage de leur papa que de leur maman. Dominique continuera néanmoins à manier le stick jusqu’à ses trente ans et la naissance d’Alix, en 1993. 

 

De Renaix à La Gantoise

Alix à huit ans quand elle débute le hockey près du domicile familial, à Renaix. « Elle a grandit avec un stick en main sachant que depuis ses deux ans, elle accompagnait, tous les week-ends, mon mari qui coachait des équipes de jeunes. Lorsqu’elle a commencé à jouer, elle évoluait en équipe mixte. Elle a arrêté, avant de recommencer, à douze ans, dans une équipe féminine, ce qui lui convenait mieux. » Et c’est ici que les choses sérieuses commencent en terme d’intendance pour ses parents, qui n’allaient plus manquer un de ses matchs. « Que ce soit mon mari ou moi, nous faisions toujours partie des parents accompagnateurs. » La milieu de terrain de La Gantoise fait donc ses armes à Renaix, avec ses parents au bord du terrain. Ensuite, à seize ans, elle est repérée par La Gantoise où elle signe pour rejoindre l’équipe Dames, entraînée par Pascal Kina. En parallèle, elle obtient aussi ses premières sélections en équipe nationale U-16 et U-18.

 


Une adaptation difficile chez les Red Panthers

Âgée de dix-sept ans, Alix termine ses études secondaires quand elle reçoit sa première sélection  en équipe nationale Dames. À l’époque, le hockey commence à peine à se professionnaliser en Belgique, et les entraînements s’intensifient. « Elle avait obtenu la permission de son école de manquer les cours une fois par semaine pour s’entraîner avec l’équipe nationale les jeudis. Elle n’avait aucun souci à l’école et ça ne nous posait donc aucun problème. Par contre, très vite, j’ai compris que quelque chose n’allait pas en voyant ma fille pleurer avant chaque entraînement avec les A. Elle était la plus jeune chez les Red Panthers et les U-18 lui manquait terriblement. Alix, qui était plus timide qu’aujourd’hui, a donc choisi de quitter l’équipe Dames pour jouer une année supplémentaire avec les U-18. » Consciente que ce genre d’opportunité est une chance, les parents d’Alix la supporte durant cette parenthèse, non sans lui dire qu’il s’agit d’une décision qui risque de compromettre sa future carrière internationale. « Après, nous ne pouvions pas la forcer non plus, et surtout, j’ai tout de suite senti qu’il ne s’agissait pas d’un simple caprice. » Heureusement pour Alix, elle est finalement rappelée chez les Red Panthers l’été qui suit sa rhéto. Son diplôme en poche, la joueuse de La Gantoise est alors prête à ouvrir un nouveau chapitre sous la vareuse noire-jaune-rouge.

Voyage, voyage

De retour dans l’effectif juste avant les Jeux olympiques de Londres, en 2012, Alix participera à son premier gros tournoi avec les Red Panthers, à cette occasion. « Toute la famille mais aussi nos amis de Renaix sont partis à Londres. Je n’oublierai jamais cette expérience, et plus particulièrement son but face aux U.S.A. » Les Red Panthers, qui ont marqué l’histoire du sport belge en devenant la première équipe féminine à se qualifier pour les Jeux dans un sport collectif, se classeront finalement 11ème sur douze. « Nous étions présents dans les tribunes avec notre drapeau belge, comme pour chacune de ses rencontres internationales. Personnellement, j’ai toujours rêvé de participer à des grands tournois avec mon équipe de football. Alix à la chance de le vivre et toute la famille en profite. C’est génial pour nous de pouvoir l’accompagner lors de ses déplacements. L’Argentine, la Nouvelle-Zélande, l’Australie ou la Chine, qu’est ce qu’on a voyagé grâce à elle ! »

 

Des hauts et des bas

Depuis cette expérience olympique, les Red Panthers ont remporté deux médailles de bronze à l’Euro, en 2017 et 2021. Par contre, elles n’ont plus jamais réussi à se qualifier pour les Jeux olympiques. « La désillusion des JO de Tokyo est clairement la plus grande déception de sa carrière, je ne l’avais jamais vu aussi triste. Lorsqu’elle en parle, elle en pleure encore. » Précisons, ici, qu’Alix n’a pas été épargnée par la malchance dans ce match de barrage contre la Chine. « Elles menaient 2-0 avant de se faire rejoindre à 2-1. Alix a demandé son changement car elle se sentait comme paralysée. Elle est quand même remontée sur le terrain trente secondes plus tard et elle a inscrit un goal contre son camp qui a permis aux chinoises d’aller aux shootouts. Elle a ensuite manqué son shootout. » Très touchée mentalement, Alix préfère alors prendre un break de quelques mois avec les Red Panthers. « C’est à ce moment là qu’elle a réalisé la chance qu’elle avait de porter les couleurs de son pays. Et après une pause de 2-3 mois, elle était déjà de retour dans la sélection, plus forte mentalement et bien décidée à profiter de chaque instant. »

 

La star de Renaix

La non-qualification des Red Panthers pour les JO a fait très mal à Alix qui avait jusqu’ici connu une progression linéaire et une carrière sans trop d’embuches. « Ma fille a participé aux Jeux de Londres et à plusieurs Coupe du Monde, elle a remporté une médaille de bronze à l’Euro, elle a décroché plusieurs fois le stick d’or, et elle vient de confirmer son titre de championne de Belgique avec La Gantoise… Elle a plutôt eu de la chance dans son parcours. Tous ses trophées et ses médailles sont exposés à la maison, c’est elle qui l’a voulu car elle sait que je suis très fière. » Une collection de trophées que Dominique et tous les Renaisiens, qui considèrent Alix comme une vraie star, verraient bien s’agrandir cet été. « La Coupe du Monde et les Jeux, je préfère ne pas y penser. Elle a manqué plusieurs matchs cette saison en raison d’une blessure aux tendons du fessier. Elle vient de participer à la Pro League où elle n’a rien senti. Il lui reste encore quatre rencontres avant la Coupe du Monde, je croise les doigt car elle mériterait tellement de pouvoir briller cet été… » Si la maman d’Alix est un peu inquiète, son papa, lui, a déjà pris les devants en réservant les billets d’avion et les hôtels, afin que toute la famille puisse venir supporter la Belgique, en Espagne. La carrière de leur fille étant plus proche de la fin que du début, Dominique et Thierry comptent bien en profiter au maximum. « On espère surtout qu’elle puisse revivre une deuxième fois les JO et qu’avant ça, les Red Panthers obtiennent de bons résultats à la Coupe du Monde. Après, je ne suis pas triste à l’idée que sa carrière se termine un jour… Je suis déjà grand-mère d’un petit garçon d’un an, il commencera à jouer dans 3-4 ans et on retournera au hockey ! »

 

Pour l’anecdote, en 2012, Alix et son cousin Arthur De Sloover — présent aux Jeux de Londres pour l’encourager — s’étaient fait la promesse d’un jour participer aux JO ensemble. Si nul doute que les Red Lions iront à Paris, en 2024, les Red Panthers — désormais 6ème nation au ranking mondial — devraient logiquement prendre leur revanche sur Tokyo, et ainsi exaucer le souhait du clan Gerniers.