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AU STADE AVEC TANGUY

« Quand on voit les escroqueries dont les footballeurs sont parfois victimes, je me dis que je ne suis pas si mal en tant que hockeyeur… »
Tanguy Cosyns

Par Boris Rodesch

Cette chronique emmène les Red Lions sur le terrain de leur deuxième passion. Nous retrouvons Tanguy Cosyns au RWDM. Le joueur du Racing nous ouvre les portes du Stade Edmond Machtens, avant de nous proposer un verre au café des supporters molenbeekois, Le Stade. 

As-tu joué au football gamin ?
Non, mais mon père, lui, a joué chez les jeunes au RWDM. Ensuite, il a découvert le hockey au Daring avec ma maman. Je suis né dans le hockey qui était le sport familial.

Te souviens-tu de la première fois où tu es venu au Stade Edmond Machtens pour supporter le RWDM ?
Je devais avoir six ou sept ans. C’était un match nul contre Harelbeke. À l’époque, les deux clubs évoluaient encore en Division 1. Le RWDM, alors très mal géré, a ensuite changé plusieurs fois de nom et de dirigeants jusqu’au jour où Thierry Dailly, un chouette gars de Molenbeek, a racheté le club pour une bouchée de pain. Depuis, son projet évolue bien et tous les anciens supporters du RWDM reviennent peu à peu au stade.

La montée en Division 1, c’est un objectif pour le club et les supporters ?
Non, ça n’a pas vraiment d’importance aujourd’hui. L’objectif est surtout de se retrouver autour du stade et de s’identifier au projet RWDM. Et cela fonctionne ! J’assiste à tous les matchs dans la tribune A qui est désormais comble pour toutes les rencontres à domicile. Contrairement aux saisons précédentes, les gens reviennent, nous sommes debout pendant tout le match et tout le monde chante, c’est une ambiance très conviviale.

Une ambiance qui reste aussi familiale ?
Oui, je retrouve d’ailleurs des gens que j’ai croisé à un moment ou à un autre près du Daring. Il y a aussi les hockeyeurs du Wolvendael qui ne jouent pas très loin, c’est comique de les croiser en rouge et noir.

Ce que tu préfères les soirs de match au stade Edmond Machtens ?
J’aime surtout l’idée que l’on puisse se retrouver entre potes, on adore le foot. On se fixe rendez-vous 45 minutes avant le match pour boire une bière et on essaie de ne pas manquer le début du match… C’est un rituel sympa qui me permet de voir mes amis plus souvent et de rencontrer d’autres supporters de Molenbeek. Nous sommes tous abonnés en tribune A depuis deux ans.

Tu parviens à éviter les dérapages au bar ?
Oui, je sais choisir les bons moments. Et c’est parfois au stade. J’en profite aussi pour relâcher la pression, ça me permet de déconnecter du hockey. Après, j’évite les excès durant la saison régulière et les semaines avec l’équipe nationale, je suis intransigeant. La semaine dernière par exemple, nous étions au stade le samedi soir et je jouais le lendemain, j’ai donc dû faire une croix sur la troisième mi-temps. J’ai besoin d’être au top physiquement sur le terrain, et pour cette raison, je ne peux pas me permettre de déconner la veille. 

Le RWDM a manqué la montée en D1 l’an dernier en s’inclinant en finale des barrages contre le FC Seraing… Tu n’étais pas trop déçu ?
Non, Seraing était clairement plus fort. Même s’ils ont un peu tremblé quand Igor De Camargo a touché la barre transversale à l’occasion de son dernier match à domicile. C’était un super moment, on y a cru, mais sur l’ensemble des deux rencontres, Seraing a mérité sa victoire. De toute façon, c’était encore trop tôt pour espérer la montée en Division 1, le club s’épanouit en Division 2 et c’est très bien comme ça.

Tu n’es pas le seul Red Lions a fréquenter les stades de foot bruxellois… Tom Boon nous confiait dans le numéro précédent qu’il allait souvent au stade Marien supporter l’Union saint-gilloise.
Il y a aussi Sébastien Dockier, Arthur De Sloover, Alex Hendrickx qui supportent le KV Kortrijk ou encore l’Antwerp. Nous sommes tous des bons mangeurs de football mais ils sont un peu moins addicts que moi. Au-delà du RWDM et du RC Lens, j’écoute aussi tous les jours l’After Foot — le podcast de RMC — dans ma voiture. Tout ce qui se passe autour du sport m’intéresse. Prenez l’affaire Pogba, les polémiques autour de Mbappé ou encore le débat de cette CDM au Qatar, je suis tout ça de très près, c’est important pour moi de comprendre ce qu’il se passe.  Le football est un monde spécial, quand on voit les escroqueries dont les joueurs sont parfois victimes, je me dis que je ne suis pas si mal en tant que hockeyeur…

Que penses-tu de l’engouement autour de l’Union saint-gilloise qui évolue désormais en D1, et qui attire de nouveaux supporters, souvent qualifiés de « footix » et de « Bobos » ?
Je dois avouer qu’ils me font bien rire. Il y a beaucoup de personnes au Racing qui supportent l’Union, c’est devenu assez « trendy ». Je respecte totalement ces supporters même si ce n’est pas trop mon style.

Justement, quel genre de supporter es-tu ?
Je suis plus un suiveur, j’aime regarder le match attentivement et observer les joueurs. Au hockey aussi je suis pas mal impliqué dans la tactique, je fais parfois des parallèles mais c’est vrai que j’aime regarder le match et suivre les chants. En tant que joueur pro, je sais l’importance que revêt le fait d’être poussé par son public. J’étais présent au stade de Lens pour supporter les Lensois contre le PSG la saison passée. Après le match, j’étais crevé, je n’ai pas joué mais j’étais cuit.

Tu n’hésites donc pas à quitter la Belgique pour assouvir tes désirs de stade ?
J’ai toujours été complétement fou de football. Je suis donc les autres championnats et particulièrement la Ligue 1 en France. Mon papa m’a emmené au stade Bollaert du RC Lens pour un match de ligue des Champions contre le Milan AC en 2002. Depuis, j’essaie d’y aller avec des potes au moins une fois par an. Je suis devenu fan des Sang et Or, c’est un club très spécial qui peut compter sur une terrible ambiance dans son stade. Dans la foulée, on a eu le même coup de cœur pour le RWDM, il y a deux ans. J’ai plusieurs amis qui habitent dans la commune et c’est vraiment super gai de pouvoir se retrouver au Stade Edmond Machtens. 

As-tu déjà connu ce genre d’ambiance lors d’un match de hockey ?
J’ai vécu ça avec les Red Lions en jouant contre l’Inde en Inde. Je me souviens d’une rencontre pour la World League, c’était fou ! On ne s’entendait pas parler, nous étions forcés de rester chacun dans notre bulle. Et dès que les joueurs indiens récupéraient la balle, le stade hurlait. Ils étaient tellement poussés par leur public qu’ils ont joué à un niveau exceptionnel. Pour l’anecdote, on menait 2-0 et on entendait les mouches voler. Les 12 000 supporters présents dans le stade ont tout donné et nous nous sommes inclinés 4 buts à 2. C’était très impressionnant.

Pour revenir au foot, les Diables Rouges ne sont pas gâtés avec le Stade Roi Baudouin…
C’est clair, qui a envie d’aller supporter son équipe nationale dans un stade pareil… On a la même problématique au hockey. Vivement qu’on trouve un solution car c’est probablement la seule chose qui nous manque.

Tu supportes néanmoins les Diables Rouges ?
Le foot international m’intéresse peu, je trouve le jeu moins chatoyant. On sent qu’ils s’entraînent moins souvent ensemble et que les joueurs ne sont pas autant impliqués que dans leur club. Si je suivais à fond les Coupes du monde quand j’étais plus jeune, je regarderai beaucoup moins la Coupe du monde au Qatar. Aussi parce que cette génération exceptionnelle m’a plus souvent déçu qu’impressionné. 

Aurais-tu aimé être footballeur ?
Parfois, je me dis que j’aurais du jouer au football, j’aurais mieux gagné ma vie et je serais aussi plus connu car le hockey est encore un sport relativement confidentiel, ça reste de l’entre soi et un très petit monde en Belgique.

Quel est le footballeur qui t’as le plus impressionné ?
Zinedine Zidane. Il a du charisme, il ne parle pas trop, c’était un très grand joueur qui est aussi devenu un excellent coach. Je me souviens de ses matchs en tant que joueur où je transpirais pour lui. Il y avait aussi Thierry, j’adorais le joueur et j’aime bien la personne. Il avait du Mbappé dans les jambes… Il m’a aussi pas mal inspiré. Avec Zizou, ce sont des gars qui ont su rester simples.

Cela doit te faire plaisir de voir Thierry Henry sur le banc des Diables Rouges ?
Franchement, je m’en fous.

Si tu pouvais participer à une rencontre de football professionnel dans un stade en particulier ?
Je choisirais de jouer pour le RC Lens au stade Bollaert, avec le maillot d’Arsenal, dans l’équipe de Manchester City, contre le FC Barcelone car je suis un supporter du Real Madrid.

En tant que sportif, as-tu des contacts avec les joueurs du RWDM ?
Non, il n’y a pas de relations particulières entre les supporters et les joueurs qui sont pour la plupart juste de passage. Par contre, j’ai des contacts avec le board, j’ai par exemple fait entrer un pote du Daring qui travaille désormais pour la communication. Mon papa est aussi sponsor avec sa société Forté Pharma, il profite d’une table à chaque match où il invite ses amis. Personnellement, je préfère le côté festif de la tribune A.

Au-delà du RWDM, tu sembles très attaché à la commune de Molenbeek ?
Il ne faut pas se mentir, Molenbeek à une très mauvaise connotation dans le monde. J’ai  vécu à Uccle avec ma maman suite a la séparation de mes parents, j’ai aussi vécu à La Haye et à Amsterdam, puisque j’ai évolué trois saisons dans le championnat hollandais, et au final, je suis revenu vivre ici parce que je m’y sens bien et que ça me convient. C’est une école de la vie. 

Es-tu animé par un rêve footballistique ?
Voir le RC Lens en Ligue des Champions. J’étais donc présent dans le stade pour assister à la rencontre du RC Lens contre le grand Milan AC en 2002. Shevchenko, Seedorf, Pirlo, Dida d’un côté, Sibierski, Moreira et Warmuz de l’autre, c’étai fou ! Les Lensois s’étaient imposés 2 buts à 1. C’est cette rencontre qui m’a donné envie de revenir au Stade Bollaert. Et aujourd’hui, leur projet est incroyable, ils font des résultats exceptionnels avec très peu d’argent.

Tu as joué une finale olympique à Rio en 2016… As-tu un conseil à donner aux Diables Rouges pour qu’ils se qualifient enfin pour la finale d’une grande compétition ?
Il n’y a pas de théorie sur comment atteindre une finale, disons que ça demande surtout beaucoup de préparation et beaucoup de temps passé ensemble. C’est ici que le bas blesse dans le football international et c’est aussi pour cette raison que ça m’intéresse moins. Les sélections nationales passent très peu de temps en équipe, ils n’ont donc pas ces liens que nous avons chez les Red Lions. Au hockey, on est parfois à bout avec les nombreux entraînements, mais au final, on se marre en équipe et c’est super important. C’est peut-être même le plus important, comme dans tous les boulots.

Le hockey est un sport qui a su se remettre en question pour devenir plus attrayant. Si tu pouvais modifier une règle dans le football ?

Les changements. Arrêter le jeu pendant deux minutes parce que le joueur marche au milieu du terrain alors qu’il a couru pendant toute la rencontre… C’est très énervant et ça n’a surtout aucun sens. Il devrait indiquer le changement et à partir de ce moment là, le joueur sortant ne peut plus toucher le ballon, tandis que le joueur entrant ne peut pas monter sur le terrain tant que l’autre n’est pas sorti. C’est une règle basique pour maintenir le rythme, comme au hockey.

Tu es champion de Belgique en titre avec le Racing, si tu devais comparer tes deux titres avec le Watducks et le dernier avec les Rats ?
Le titre avec le Racing était le plus inattendu. Cela faisait 81 ans que le club courait derrière. Ils ont fait de très grosses dépenses dans le passé sans jamais y arriver malgré plusieurs finales. Et c’est l’année où ils s’y attendaient le moins que nous sommes parvenus à être champions. C’était une surprise pour moi aussi, même si je savais ce que je pouvais apporter à l’équipe. Après, on est plusieurs fois passé par le chat de l’aiguille. Heureusement, les planètes se sont toujours bien alignées. On a su briller au bon moment et limiter la casse quand il le fallait. Que ce soit en demi-finale contre le Braxgata  ou en finale contre La Gantoise, nous sommes passés à côté le samedi et on était au pied du mur le dimanche. Au moment de rejoindre les Rats, je savais que Cédric Charlier et Victor Wegnez étaient dans l’équipe. J’étais aussi conscient que le Racing manquait cruellement d’efficacité sur P.C et que c’était pour cette raison qu’ils étaient venus me chercher. Au final, j’ai inscrit 30 buts, dont 4 buts en finale contre La Gantoise. J’ai donc rempli ma part du contrat. 

Tu as manqué la coupe du monde 2018 et les JO de Tokyo 2021, suite à ton opération au ligament croisé antérieur du genou en 2017. Ce n’était pas trop frustrant de suivre le doublé historique des Red Lions à la télévision ?

Naturellement en tant que sportif tu as envie de participer à tous les tournois, mais parfois dans le sport les planètes ne s’alignent pas comme tu voudrais… Cela a été très dur à accepter, surtout que j’étais prêt physiquement. Dans les deux cas, j’étais réserviste alors que j’étais certain d’avoir le niveau pour être repris dans l’équipe. Après, c’était plus difficile à accepter pour mon entourage que pour moi. Pour Tokyo, c’est passé tout près sachant que Tom Boon s’était blessé juste avant la compétition. Shane McLeod m’a téléphoné lorsqu’ils étaient en transit à Francfort direction Tokyo pour me demander de me tenir prêt car il pensait que Tom n’arriverait pas revenir à temps. Il m’a demandé de suivre un programme d’entraînement en me disant qu’il me rappellerait cinq jours plus tard pour me dire de prendre l’avion. J’étais en Ardèche avec des potes, ça faisait plus de trois semaines que j’avais quitté le groupe et que je n’avais plus touché mon stick. Finalement, je n’ai jamais reçu ce coup de fil. C’était un peu décevant mais voilà, ça fait aussi partie du boulot. Je l’ai accepté même si je suis certain que j’aurais pu apporter ma pierre à l’édifice.

Que fais-tu en dehors du hockey ?
J’ai lancé ma marque de vêtements sportifs et de stick de hockey, A-LIFE, avec 3-4 potes dont le hockeyeur allemand, Danny Nguyen. Je vais aussi passer mes examens pour devenir coach, et depuis le printemps dernier, je travaille chez Belfius en tant que Portfolio Manager. Je suis fan de la bourse depuis mes 16 ans et je suis fort connecté, cette expérience a joué en ma faveur.

Que peut-on te souhaiter de meilleur pour la suite de ta carrière de hockeyeur?
Participer à la Coupe du monde en janvier prochain et pouvoir enchainer avec les Jeux olympiques à Paris en 2024. Je suis bien parti, j’espère surtout ne pas me blesser car c’est aussi ça le combat avec tous les entrainements en club et en équipe nationale.

Tu ne serais jamais devenu hockeyeur si ?
Si mon papa m’avait inscrit au football.

Pour conclure, y-a-t-il une rencontre avec un sportif qui t’a marqué aux Jeux olympiques de Rio ?
Quand Michael Phelps est arrivé dans le réfectoire après ses cinq nouveaux titres olympiques. Nous étions près de 2000 athlètes présents et nous nous sommes tous levés pour l’applaudir. Pouvoir saluer l’athlète le plus titré de l’histoire des Jeux, c’était très impressionnant.