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UNE PERLE

« Je n’aime pas l’idée d’être mise au centre de l’attention dans un sport collectif. »
Charlotte Englebert

Par Boris Rodesch

Fraîchement élue Stick d’or, meilleure jeune joueuse lors de la Coupe du monde en juillet dernier et nommée par la FIH dans la catégorie « Rising Stars » de l’année, Charlotte Englebert a explosé cet été au niveau international avec les Red Panthers. Nous retrouvons la joueuse du Racing au café de la Presse, à Ixelles.

À quel âge commences-tu à jouer au hockey ?
À l’âge de six ans alors que j’aurais voulu faire de la gymnastique. Mes parents tenaient surtout à « se débarrasser » de moi. On passait tous les jours en voiture devant le terrain de hockey du club de Namur et ils se sont dits : on va essayer. J’ai bien accroché et toute ma famille s’est inscrite.

Gamine, avais-tu une inspiration ou un modèle dans le hockey ?
Anouk Raes. Comme elle sortait avec l’un de nos entraîneurs, elle était souvent présente aux stages. C’était un exemple. Nous avons ensuite joué ensemble au Racing pendant deux saisons. C’était une jolie façon de boucler la boucle.

Quand as-tu rejoint le Racing ?
C’était après les provinciales, le Racing avait une très belle équipe chez les jeunes, dont faisaient partie plusieurs de mes coéquipières en équipe nationale U-16. Le coach, Lucas De Mot, entrainait également les jeunes du Racing. À 13-14 ans, c’était donc une suite logique. Les résultats ont suivi puisque nous avons été deux fois sacrées championnes de Belgique en U-16. Nous sommes ensuite montées en équipe première où nous évoluons toutes à ce jour.

Tu as déjà affiché ton désir de rejoindre le championnat hollandais, et pourquoi pas avant Paris 2024… C’est toujours d’actualité ?
Oui, mais il faut voir comment ça va se passer cette saison avec le Racing. Je dois réfléchir au moment le plus adéquat. Ce sera soit l’année prochaine, c’est à dire lors de la saison qui précédera les Jeux, ce qui n’est peut-être pas idéal, soit la saison suivante. Quoi qu’il en advienne, j’ai déjà plusieurs touches avec les équipes hollandaises du top.

Tu évoques les Jeux avec les Red Panthers… Te souviens-tu de ta première sélection en équipe nationale Dames ?
Oui, c’était à l’occasion d’un match amical aux Etats-Unis, contre les Etats-Unis. C’était une rencontre particulière puisque nous avions joué dans une bulle. Nous nous étions imposées et j’avais joué à l’avant. Ensuite, j’ai évolué au milieu avant que Raoul Ehren ne choisisse de me repositionner en attaque.

Et avec le Racing ?
Chez les jeunes, je jouais devant et j’inscrivais presque tous les goals. Chez les Dames, je joue le plus souvent milieu-milieu. 

Au niveau scolaire, où en es-tu ?
J’ai fini mes études secondaires à Namur alors que je jouais déjà avec les Red Panthers. Je n’assistais  donc presque jamais aux cours, j’avais un programme adapté. Je me suis ensuite inscrite en Droit à Saint Louis, à Bruxelles, avant de partir en Chine jouer les barrages des JO de Tokyo, contre la Chine. Pour des raisons administratives, mon inscription n’a pas été confirmée. J’ai donc vécu une année 100% hockey. J’ai recommencé l’année suivante et j’ai finalement décidé d’arrêter au milieu du cycle. Cette année, j’ai débuté une formation en Design intérieur.

Entre les études et le hockey, as-tu l’impression de passer à côté de ta jeunesse ?
C’est dur parfois. Non pas par rapport aux sorties car je ne suis pas du genre à me prendre des douffes… Mais plutôt pour les nombreux voyages avec mes amies, que je dois systématiquement refuser.

Avec vos deux médailles d’argent au championnat d’Europe, en U-16 et U-18, tu fais partie de ces jeunes qui ont une certaine culture de la gagne… As-tu l’impression d’apporter ça aux plus âgés dans le noyau des Red Panthers ?
Je pense que depuis près de deux ans, elles aussi ont une certaine culture de la gagne. De mon côté, c’est juste logique de se dire : ok, on y va pour la gagne, peu importe nos adversaires. Est-ce parce que je suis plus jeune ou parce que je vois les choses différemment ? Je n’en ai aucune idée.

L’été dernier, tu as participé à ta première Coupe du monde avec les Red Panthers, c’était un aboutissement en soi, quatre ans après ta première sélection ?
Je n’avais pas réalisé avant d’y être mais c’était incroyable et aussi assez stressant. Même sans vouloir me mettre la pression, c’était inévitable, puisque c’était ma première participation à une Coupe du monde avec les Red Panthers. Aussi parce que tous nos matchs étaient retransmis en direct à la télévision. On s’incline en quart de finale 2 buts à 1 contre la Hollande sur un bête goal, ça se joue vraiment à des détails. Au final, malgré le stress et le résultat mitigé, je suis fière de cette équipe et je suis convaincue que l’avenir sera beau. 

Sur un plan personnel, tu as inscrit 4 goals et tu as été élue « Meilleur espoir » du tournoi… 
C’est bien, même si à mes yeux, les prix individuels ne comptent pas trop car je n’aime pas l’idée d’être mise au centre de l’attention dans un sport collectif. In fine, je suis satisfaite de mon tournoi et consciente qu’il y a encore beaucoup de choses à améliorer, notamment parce que ça ne faisait qu’un mois que j’évoluais en attaque avec les Red Panthers. Dans l’ensemble, ça restera une chouette expérience.

Si l’on revient sur cette Coupe du monde, et en particulier sur votre deuxième match de poule face à l’Australie… N’y a t-il pas eu un excès de confiance, que ce soit de la part des médias ou de l’équipe qui évoquaient un tirage « favorable », alors que personne n’avait vu jouer la 3ème nation au classement mondial depuis près de trois ans, en raison de la Covid ?
L’équipe était réaliste, on essayait même de se protéger des médias qui prétendaient que les Australiennes n’étaient plus aussi fortes. De notre côté, nous savions que ce ne serait pas une rencontre facile. Au coup de sifflet final, nous étions très déçues par la défaite (2-0). On a encaissé deux goals sur des incompréhensions défensives. On a un peu craqué, mais voilà, c’est le sport de haut niveau. Je suis certaine que si on les croise dans deux mois, on prendra notre revanche…

Vous avez insisté sur votre préparation mentale depuis cette défaite cauchemardesque contre la Chine qui vous a privée des Jeux de Tokyo… C’est encore un point de travail aujourd’hui ?
On a fort insisté là-dessus il y a un an et demi, mais désormais, on travaille notre mental individuellement. Chaque joueuse s’est remise en question et on a toutes fait des progrès.

Le fait d’entendre sans cesse que vous êtes dix ans en retard dans votre développement par rapport aux Red Lions ne finit-il pas par vous mettre une certaine pression ? Ne serait-il pas mieux d’être focus sur votre parcours ? Ou au contraire, est-ce un moteur ?
On essaie surtout de ne prendre que les bons côtés de cette comparaison. Au final, selon moi, le hockey masculin et féminin sont deux sports différents. Et puis, la comparaison est plutôt flatteuse, je ne le vois pas comme un frein. Si c’est vrai que notre parcours est un peu similaire, on ne se dit pas : les Lions étaient là à ce moment là donc on devrait être là… On attend de voir comment chaque tournoi se déroule et on tire nos propres conclusions.

Si tu pouvais choisir une compétence d’un Red lions en particulier ?
La façon dont Cédric Charlier arrive à sortir le shoot au bon endroit et au bon moment sans se poser de question. Lorsqu’il ne peut pas marquer, il parvient encore à mettre une balle nickel au second poteau. C’est une super arme.

Cédric Charlier, qui fût élu homme du match en finale des playoffs contre La Gantoise avec le Racing, en mai dernier… Tu as fêté le titre des Messieurs ?
J’étais présente à Louvain pour les encourager, l’ambiance était dingue. Ils ont bien fait ça, surtout qu’ils ont aussi traversé des années compliquées. J’étais très heureuse pour eux, notamment pour Cédric, Victor, mais aussi pour Tchouk et Mimi qui sont des vrais clubmen. Nous avons fêté le titre au Racing le soir même, le toit du clubhouse a failli s’effondrer (rire).

Si tu devais définir ton style de jeu ?
Rapide et incisive, j’aime aussi casser des lignes. J’ai un certain instinct de tueuse dans le cercle, que je n’ai pas suffisamment exploité chez les jeunes. J’avais l’habitude de toujours faire une passe de trop et de ne pas oser prendre ma chance. Mais cela est en train de changer, je suis plus à l’aise et aussi plus présente sur les rebonds. Ce n’est pas toujours évident d’avoir ces automatismes et de faire le switch, sachant que je joue à des places différentes en club et en équipe nationale.

Que pourrais-tu encore améliorer ?
Mes phases dans le cercle, ma prise de décision, je dois apprendre à être parfois plus égoïste. J’ai encore trop souvent tendance à faire la passe de trop, je dois oser davantage dans le dernier geste. 

Quel est ton plus mauvais souvenir de hockeyeuse ?
Le match retour des barrages pour les JO de Tokyo contre la Chine. Je ne jouais pas, j’étais dans les gradins, c’est encore pire. On s’était imposé 2-0 à l’aller, c’était 0-0 à 5 minutes du terme et j’ai choisi de rejoindre le terrain, convaincue que j’allais pouvoir fêter la qualification avec les joueuses. Le temps de descendre, les chinoises avaient inscrit le 1-0 et quand je suis arrivée au bord du terrain, elles ont marqué leur second goal, synonyme de shoot-outs.  La suite, on la connaît, c’était vraiment dur, gérer les filles et enchaîner avec seize heures d’avion… Horrible !

À contrario, ton meilleur souvenir ?
La Coupe d’Europe en 2021 avec les Red Panthers où l’on remporte la médaille de bronze. C’était mon premier gros tournoi en équipe A. C’est là aussi qu’on a pris conscience que l’on pouvait réaliser de belles choses au niveau mondial.

Ce que tu préfères dans le hockey ?
La proximité entre les différentes équipes, que ce soit au niveau national ou international. Et également les nombreux voyages, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, l’Argentine, les Etats-Unis, l’Afrique du sud… Au-delà de nos rencontres, on profite toujours de nos temps libres pour visiter, c’est une chance inouïe !

Les JO de Paris se rapprochent… À quel âge penses-tu pour la première fois aux Jeux olympiques ?
Depuis mes seize ans, je me dis qu’un jour je participerai aux Jeux.  Dans ma tête, c’était à Tokyo… J’avais rejoint l’équipe au moment idéal. Désormais, je n’ose plus trop le dire mais c’est clair que les JO à Paris en 2024 sont mon objectif principal.

Retiens-tu une performance olympique d’un ou d’une athlète belge en particulier ?
Je suis à fond derrière Nafissatou Thiam, sachant que nous venons presque du même village. C’est toujours très spécial de la voir briller à un tel niveau. Je supporte aussi particulièrement Noor Vidts. Elle n’a peut-être pas encore réalisé un véritable exploit, mais elle est toujours au pied du podium et je suis certaine que son moment viendra.

Quel est votre objectif avec le Racing cette saison ?
Malgré notre début de championnat difficile, nous visons le titre. Cela fait trois ans que nous nous qualifions chaque année pour les playfoffs. À un moment donné, on doit oser afficher notre ambition. 

Tu n’as pas été trop sollicitée par d’autres clubs belges suite à la Coupe du monde ? 
J’ai tout de suite été très clair, je ne changerai pas de club en Belgique. Mon vrai objectif est de découvrir le championnat hollandais.

Tu ne serais jamais devenue hockeyeuse si ?
Si mes parents m’avaient inscrite à la gymnastique, j’avais le gabarit et la musculature pour… En commençant jeune, j’aurais pu grimper et espérer obtenir de bons résultats.

Pour conclure, quel est ton programme à court terme ?
Rentrer enfin dans notre saison avec le Racing, avant de jouer nos deux rencontres de Pro League à Mendoza avec les Red Panthers, où nous affronterons l’Argentine et l’Allemagne, en novembre prochain.

LOTTE BALANCE LES RED 

PANTHERS

Quel est ton rôle dans le vestiaire ?
Je suis toujours la dernière

La plus grosse fêtarde ?
J’ai du mal à départager Lucie Breyne et Justine Rasir

La première de classe ?
Barbara Nelen

La plus grande râleuse ?
France De Mot

La plus douée?
Alix Gerniers

La plus maladroite ?
Moi et peut-être aussi Emma Puvrez

La plus stylée?
Aisling D’Hooghe